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1ère partie : Fondement, dogmes et structures de la manière de penser de nos sociétés occidentales.

Religion.

- Le Dieu Unique est le père de la pensée unique.

- La dualité et le combat du bien et du mal.

- Le carré sacré.

- Nécessité du divin.

Pourquoi avoir utilisé les personnages de Dieu, du diable et de l’archange, cela pourrait être ressenti par bien des lecteurs comme du ressassement de pensées usées jusqu’à la corde. Cette approche est très pratique pour décaler le regard et démasquer l’influence profonde que la religion impose aux croyants autant qu’aux athées.

Changeons l’angle de vue. Nous avons imaginé que notre Dieu est le Dieu de la vie, celui qui dans son intelligence supérieure aurait conçu le monde et la géniale diversité et complexité du vivant. Quel regard pourrait-il porter sur les bricolages politico-intellectuels dogmatiques de nos religions humaines. Il est perdu car le gouffre est trop grand entre l’immensité de l’univers et l’enfermement du monde humain, il ne reconnaît plus les principes et valeurs de sa création. Distinguons seulement quelques points majeurs qui illustrent l’influence des religions sur notre mode de pensée occidental.

1°) Le Dieu Unique est le Père de la Pensée Unique.

Le Dieu Unique est un Dieu qui exclut les autres croyances, les autres approches : « un seul Dieu, une seule Foi, une seule Loi… ». Tout ce qui se pense doit être subordonné et corrélé aux dogmes et principes religieux, sinon c’est l’anathème, l’apostasie, l’excommunication, la mort…

Cette attitude est dépassée, ceci est bon pour le moyen âge, ou pour les intégristes de tout poil, pas pour les penseurs modernes. Notre réponse est : non point du tout.

Aujourd’hui dans l’université pour faire une thèse vous devez consacrer vos développements à exposer l’état de la connaissance sur votre sujet, et vous devez établir les relations « logiques » avec ce savoir. Votre apport doit se corréler avec l’état de la connaissance, vous devez donner des citations, des références, etc… Vous serez jugés et notés sur votre capacité à pouvoir assimiler le savoir existant, et sur votre intégration intellectuelle : vous connaissez les codes de langage et le penser correct.

Je vous propose aussi une autre illustration. Il y eut une forte confrontation entre les grands génies physiciens du début du 20ème siècle.

Einstein et les physiciens quantiques. Pour Einstein, le monde était soumis à un ordre universel préétabli et la science devait redécouvrir cet ordre. Pour les quantiques le monde n’était pas soumis à un ordre mais c’était les chercheurs et penseurs qui construisaient cet ordre. Leurs conclusions étaient plus des probabilités que des vérités absolues. Einstein consacra toute la fin de sa vie à chercher l’équation ultime qui allait expliquer le monde, et il ne la trouva pas. Les quantiques ont « ouvert » la recherche, leur travail ainsi que celui de leurs successeurs fut plus fécond. (Nous y reviendrons.)

Proposons une interprétation par l’influence religieuse.

Einstein était juif, modelé par cette culture religieuse du Dieu Unique qui a créé le monde selon un ordre supérieur. À l’homme créé à l’image de Dieu de retrouver cet ordre.

Du coté des quantiques : les initiateurs étaient des nordiques et des allemands dont l’univers spirituel est influencé par les contes et récits de héros et génies qui surgissent de la nature. Pas d’ordre unique, mais des forces diverses avec des influences variées, un jeu de forces aux résultats aléatoires…

Ne nous laissons piéger par le danger de la pensée unique du juste et du vrai d’un côté et de l’erreur de l’autre. Prenons exemple sur ces grands esprits qui se sont affrontés avec beaucoup de respect et d’estime réciproque chacun développant sa vision de l’univers. Différentes, non contradictoires et coexistantes.

Et aussi l’acquisition de savoir par l’université est aussi précieuse et utile que la démarche créative. Deux intelligences différentes sont actives.

 

Une histoire juive pour conclure sur le Dieu Unique, ça s’impose ici.

Quatre Juifs ont défini le monde :

- Jésus « Tout est Amour »

- Marx « Tout est capital »

- Freud « Tout est sexuel »

- Einstein « Tout est relatif »

Derrière l’humour, une constante : chacun d’eux donne un référent unique qui explique tout le monde, une déclinaison laïque du concept du Dieu Unique.

2°) La dualité du bien et du mal.

« Le diable et le bon dieu s’associent… » par cette phrase du titre, nous voulons initier une nouvelle dynamique de l’action, que nous appelons création. Faire vivre les paradoxes, intégrer la variation des conditions initiales d’un phénomène, transgresser les conventions de mesure, de langage, de logique… Cette attitude de l’esprit permet de sortir des blocages dogmatiques et idéologiques. Plutôt qu’un long discours sur une évidence, je vous invite à lire quelques maximes de Saint Ex. tirées de Citadelle.

Délivre l’homme et il créera.

Toute contradiction n’est qu’absence de génie.

Il m’oblige à fonder ce langage qui absorbera les contradictions. Et qui lui-même est vie.

Et toujours si l’on crée d’absorber des contradictions.

Car l’unité, si je l’exprime, à l’infini je la diversifie.

3°) Le Carré Sacré.

Ce concept est tiré de « Dieu un itinéraire » de Régis Debray, il permet de bien imager cette partition du monde et son utilité sociale. Le rempart idéologique fut sacralisé par la nécessité de constituer une communauté et un peuple.

Par cette notion de carré sacré, nous sommes au cœur de ce que notre Lucifer appelle les « prisons apprises »

Templum vient du grec temno : découper.

La templation romaine désignait le geste par lequel l’augure découpait dans le ciel avec son bâton, son skeptron : son carré d’observation.

Introduire le culte d’un dieu se dit en grec « orizien theon » : délimiter un territoire consacré à ce dieu.

 

Le sacré est donc ce qui délimite, ce qui pose des frontières, un territoire, pour marquer un intérieur et un extérieur. L’intérieur est sacré, pur, soumis à une même dénomination, même autorité, régit par une même Loi qui est transcendante, au centre du territoire et de la culture, Loi située dans le Saint des Saints. Toute une administration est attachée à l’approche, à la conservation de ce sacré. Il est d’une importance extrême, supérieure à toute autre valeur de la communauté humaine rattachée à ce sacré. Pourquoi ?

Cette Loi est le garant de l’unité, de l’existence même de la communauté qui est inscrite dans le territoire. Avec un référentiel commun, les hommes peuvent ainsi vivrent ensemble, coopérer, dialoguer, partager, échanger, constituer une union qui dépassera la force des individus. Le groupe devient plus que la somme de ses individus, c’est une loi naturelle. L’ensemble des cellules d’un corps est plus que la somme de ses milliards de cellules. La Loi, le sacré, Est l’unité de la communauté, qui se constitue en corps ayant des qualités, compétences, possibilités exponentielles à ses individus. Que cette unité soit attaquée, quelle se désagrège et le corps va se déliter, les individus se dissoudront et iront rejoindre d’autres corps constitués. C’en est fini du groupe : religion, culture, nation, entreprise, équipe, famille… à ce stade de la réflexion, on constate déjà que des groupes s’emboîtent les uns dans les autres, se spécialisent, comme des organes d’un corps vivant.

Ce qui est en dehors des limites définies par le sacré est l’impur, le païen, l’infidèle, le mal-saint, voire le non humain. Le hors limites est donc le domaine du « prince de ce monde », du diabolique, de tout ce qui peut porter atteinte au corps constitué. Vaste monde, mais qui est dangereux, les risques de perdition sont élevés, tant pour le temps présent que pour l’après mort. En dehors du périmètre sacré, l’enfer, la souffrance, la torture, le mal…coercition morale pour dissuader d’enfreindre les limites et de remettre en cause les vérités, règles, lois, tout ce qui est ressenti comme une atteinte à l’intégrité de la communauté. Les sanctions sont les plus graves : l’enseignement de Jésus fut ressenti comme une attaque des fondements du peuple juif, «  il vaut mieux qu’un seul homme meurt pour le peuple. » avait statué Caïphe le grand prêtre. Se disant fils de Dieu, Jésus se nommait Le Sacré, se substituait aux administrations du sacré, bien sûr il allait droit à la mort et il le savait. Son objectif était justement de repousser les limites du consacré au-delà des frontières étroites du seul peuple juif, un Dieu plus universel et non exclusivement juif, mais c’était dans un même mouvement dissoudre le peuple juif. « Il faut que la graine meurt pour que se développe la plante et quelle donne des fruits ». A relier aussi avec les anathèmes qu’il jette à Jérusalem et au peuple juif. Il savait bien ce qu’il faisait, il sortait Dieu de la gangue du Temple et de la tradition, du périmètre étroit, ce qui devait entraîner l’éclatement de sa société et il le prophétisait.

En prenant l’exemple d’une manipulation d’un ADN, l’être vivant est modifié, cela provoque une bifurcation dans la lignée du vivant. Ici : bifurcation dans la transmission religieuse, rupture de la Loi, modification de la Loi et tout le système de relation de la communauté avec le monde est changé, l’identité est changée, un nouvel être pour une nouvelle lignée. Jésus transgresse les limites du territoire sacré. Les prêtres voient dans son influence et ses pouvoirs la puissance de Belsébuth. Jésus doit avoir recours à des arguments qui nous paraissent d’une rhétorique primaire : «  Comment puis-je chassé les démons au nom du Prince des démons. », mais dans la logique de la fermeture religieuse, c’est logique : en dehors n’existe que le mal et l’impur. Le vrai, le juste, le bien sont vrai, juste, bien, parce que c’est dedans, ça se mord la queue, mais c’est comme ça, c’est l’enfermement du dogme !!!

Nous pouvons sortir du religieux et étendre cette notion de carré sacré à notre culture.Nous avons besoin de courage et de force pour sortir du territoire sécurisé, car nous sommes fortement influencés par les menaces, les condamnations qui pèsent sur ceux qui partent en dehors du périmètre sacré de leur culture.

Je vais prendre l’exemple que je connais bien de l’Afrique où je vis régulièrement et très bien. Mais l’Afrique vue par l’occident, à travers les informations est un continent dangereux avec des maladies, des animaux sauvages aux attaques mortelles, des guerres, de la misère… Les médecins vaccinent à tour de bras et bourrent les voyageurs de médicaments. Les agences de voyage recommandent de ne pas trop s’éloigner des hôtels… Au 21ème siècle l’extérieur est encore perçu comme diabolique. Et j’aurai beau dire… la profonde croyance reste inébranlable.

Toujours pour faire coexister des visions opposées, j’affirme qu’en dehors du territoire de notre culture mère, le danger existe, les repères sont changés, les risques réels ne nous sont pas connus… Mais le hors territoire n’est ni interdit, ni inaccessible, seule notre peur et notre fixation nous empêchent d’y évoluer.

 

La dualité et le combat du bien et du mal.

Les notions de bien et mal séparent arbitrairement le monde. Or la dynamique de la vie est animée par le jeu des polarités, enlever l’une des polarités provoque le blocage du mouvement. En rejetant « ce qui est mal » nous amputons l’un des pôles, le mouvement est bloqué, notre vie devient stérile.

Autre formulation : la pureté produit la stérilité. Toute vie se génère et se développe par mélanges, échanges, associations, mouvement…

Cette puissance de la dynamique du vivant s’oppose à toutes les fixations et dégrade les remparts. Plus une personne ou un peuple se renfermera dans « sa pureté », plus il devra subir les « agressions » de ce mouvement universel. La nécessité des échanges et du mouvement débordera les limites des remparts et s’il se durcit et s’enferme, il s’étiole, s’appauvrit et sera attaqué par plus dynamique que lui. Les « barbares » viennent toujours détruire les « civilisations ». L’inconscient tourmentera les interdits du conscient éduqué.

 

4°) Nécessité du divin.

Que cette manière de voir ne soit pas considérée comme une condamnation des religions. Les religions ont été les premières formulations de réponses de l’homme face au monde. Elles ont fondé, structuré, légitimé leur groupe, leur tribu. Les religions ont capitalisé des réflexions, une métaphysique, pour constituer une vision de l’homme et de la création. Elles développent le questionnement permanent de l’origine et du devenir.

Absence de religion signifierait absence de ce questionnement, absence de profondeur et de verticalité, l’homme serait jeté dans un non-sens, suspendu au-dessus d’un néant. L’existentialisme est l’expression de cette absence.

Les religions ont leur large part de condamnation et d’interdits, mais elles peuvent aussi être porteur d’ouverture sur des réalités spirituelles. Paradoxalement elles deviennent des antidotes efficaces contre les enfermements idéologiques ou matérialistes.

Dieu n’exclut pas la science et la science n’exclut pas Dieu. Ne soyons pas logiques !